« Maître, regardez, ils ont encore osé augmenté les tarifs alors que nous sommes déjà pris à la gorge » m’interpelle Fabien [prénom changé] le jeune patron d’une entreprise familiale de transports (17 camions). Et il ajoute « faites quelque chose sinon on va y passer ». Je me penche sur la question et il a raison. Voici les augmentations sur 4 ans :
• +4,75 % en 2023
• +3 % en 2024
• +0,92 % en 2025
• +0,86 % en 2026
Comment cela est-il possible ? tout simplement parce qu’il existe un indexation des péages sur l’inflation. Indexation ? inflation ? mais c’est interdit depuis … 1959. Creusons encore.
Commençons par les faits, car le droit aime les faits — presque autant qu'il aime les exceptions à ses propres règles.
En 2005-2006, sous les gouvernements Raffarin puis Villepin, l'État français a privatisé ses autoroutes pour un peu moins de 15 milliards d'euros. L'Autorité de la concurrence, dans son avis de 2014, a qualifié la situation de génératrice de rentes. Le mot est juridiquement précis, économiquement révélateur et politiquement explosif.
Aujourd'hui, trois groupes se partagent l'essentiel du réseau concédé :
• Vinci (ASF et Escota) : 9 % du CA du groupe, 43 % du résultat net. La vache à lait, comme disait poliment le sénateur Maurey dans son rapport d'octobre 2024.
• Eiffage (APRR et Area) : construit des ponts pendant la journée et encaisse des péages la nuit.
• Abertis (Sanef et SAPN) : groupe espagnol dont les actionnaires principaux sont ACS et le fonds de pension souverain de Singapour GIC. Nos autoroutes financent des retraités à Singapour. Personnellement, j’aurai préféré que les péages financent les retraites des Français.e.s qui ont financé la construction du réseau depuis 1954.
D’après l’inspection générale des finances (l’élite de Bercy), ces trois groupes devraient se partager 75 milliards de dividendes d’ici à la fin des concessions soit 5 fois le prix d’achat en 2006 (15 milliards).
Tiens, tiens, en présence d'un service public administratif, une sur-rentabilité anormale, piste à creuser.
Un péage autoroutier n'est pas un impôt. Ce n'est pas non plus un droit de passage arbitraire. C'est — théoriquement, constitutionnellement, juridiquement — une redevance pour service rendu.
Or, si l'on décompose le péage que vous payez chaque fois que vous empruntez l'autoroute, la réalité est vertigineuse. Selon nos calculs, fondés sur les données publiques des sociétés concessionnaires elles-mêmes :
C'est ce que les juristes appellent un détournement de procédure.
C'est ce que les économistes appellent une rente de situation.
C'est ce que l'usager de la route appelle une arnaque.
Ce matin, à la demande d’un particulier et d'une entreprises de transport, nous avons ouvert les inscriptions pour l’action collective PEAGE AUTOROUTE.
Pour permettre à tous les abonnés au télépéage intéressés de participer à l’action.
Pour cela, il leur suffit de s’inscrire sur la plateforme MyLeo.
On me demande parfois pourquoi je m'attaque à des dossiers aussi complexes, face à des adversaires aussi bien dotés — en avocats, en lobbyistes, en connexions ministérielles.
La réponse est simple.
Les autoroutes ont été construites avec l'argent des contribuables. Elles appartiennent à l'État. Elles sont exploitées par des sociétés privées dans des conditions contractuelles qui, pour être légales, n'en sont pas moins discutables.
• +4,75 % en 2023
• +3 % en 2024
• +0,92 % en 2025
• +0,86 % en 2026
Comment cela est-il possible ? tout simplement parce qu’il existe un indexation des péages sur l’inflation. Indexation ? inflation ? mais c’est interdit depuis … 1959. Creusons encore.
▌ Trois groupes, un empire, des milliards
Commençons par les faits, car le droit aime les faits — presque autant qu'il aime les exceptions à ses propres règles.
En 2005-2006, sous les gouvernements Raffarin puis Villepin, l'État français a privatisé ses autoroutes pour un peu moins de 15 milliards d'euros. L'Autorité de la concurrence, dans son avis de 2014, a qualifié la situation de génératrice de rentes. Le mot est juridiquement précis, économiquement révélateur et politiquement explosif.
Aujourd'hui, trois groupes se partagent l'essentiel du réseau concédé :
• Vinci (ASF et Escota) : 9 % du CA du groupe, 43 % du résultat net. La vache à lait, comme disait poliment le sénateur Maurey dans son rapport d'octobre 2024.
• Eiffage (APRR et Area) : construit des ponts pendant la journée et encaisse des péages la nuit.
• Abertis (Sanef et SAPN) : groupe espagnol dont les actionnaires principaux sont ACS et le fonds de pension souverain de Singapour GIC. Nos autoroutes financent des retraités à Singapour. Personnellement, j’aurai préféré que les péages financent les retraites des Français.e.s qui ont financé la construction du réseau depuis 1954.
D’après l’inspection générale des finances (l’élite de Bercy), ces trois groupes devraient se partager 75 milliards de dividendes d’ici à la fin des concessions soit 5 fois le prix d’achat en 2006 (15 milliards).
Tiens, tiens, en présence d'un service public administratif, une sur-rentabilité anormale, piste à creuser.
Mais au fond, qu'est-ce qu'un péage ?
C'est ici que le juriste reprend du poil de la bête. Un péage autoroutier n'est pas un impôt. Ce n'est pas non plus un droit de passage arbitraire. C'est — théoriquement, constitutionnellement, juridiquement — une redevance pour service rendu.
Or, si l'on décompose le péage que vous payez chaque fois que vous empruntez l'autoroute, la réalité est vertigineuse. Selon nos calculs, fondés sur les données publiques des sociétés concessionnaires elles-mêmes :
Sur 100 € TTC de péages, le prix se répartit ainsi
33,53 € de dividendes aux actionnaires
16,70 € de TVA
17,70 € d’Impôt sur les sociétés et de Taxe d’aménagement du territoire (TAT) payés par les sociétés concessions
12,25 € pour les constructions et l’entretien
10,50 € pour l’exploitation et les services
7,30 € pour le remboursement de la dette
C'est ce que les juristes appellent un détournement de procédure.
C'est ce que les économistes appellent une rente de situation.
C'est ce que l'usager de la route appelle une arnaque.
▌ Ce que nous avons fait le 2 avril 2026
Ce matin, à la demande d’un particulier et d'une entreprises de transport, nous avons ouvert les inscriptions pour l’action collective PEAGE AUTOROUTE.
Pour permettre à tous les abonnés au télépéage intéressés de participer à l’action.
Pour cela, il leur suffit de s’inscrire sur la plateforme MyLeo.
On me demande parfois pourquoi je m'attaque à des dossiers aussi complexes, face à des adversaires aussi bien dotés — en avocats, en lobbyistes, en connexions ministérielles.
La réponse est simple.
Le droit existe pour que ceux qui n'ont pas les moyens des puissants puissent néanmoins leur demander des comptes. C'est sa raison d'être. C'est aussi la mienne.
Les autoroutes ont été construites avec l'argent des contribuables. Elles appartiennent à l'État. Elles sont exploitées par des sociétés privées dans des conditions contractuelles qui, pour être légales, n'en sont pas moins discutables.
En attaquant les tarifs, on ouvre la boite noire, on dénonce les mécaniques injustes mises en place, on espère récupérer tout ou partie du trop-perçu.
Sous la lumière des projecteurs, il sera plus difficile de passer des petits arrangements entre amis adeptes des « portes tournantes ».
Et on évitera que les mêmes erreurs produisent les mêmes effets puisque les négociations pour le renouvellement des concessions commencent.
Il appartient aux citoyens de rappeler l’Etat à sa mission première : défendre l’intérêt général.
https://www.leparisien.fr/economie/jusqua-58-de-remboursement-sur-vos-peages-une-action-collective-lancee-contre-les-societes-dautoroutes-01-04-2026-2EUXOAKRAJCS3JAD56IDLOGNNM.php
PRESSE & MEDIA
(Revue de presse du mardi 2 avril 2026 à 9h00)
https://www.liberation.fr/economie/tir-de-barrage-judiciaire-en-preparation-contre-les-peages-des-autoroutes-20260401_55IIHFTBENEDVBDCFZ75AAJJDY/
https://www.liberation.fr/economie/tir-de-barrage-judiciaire-en-preparation-contre-les-peages-des-autoroutes-20260401_55IIHFTBENEDVBDCFZ75AAJJDY/


Un avocat ?









