« Vendues 15 milliards, les autoroutes rapportent 76 milliards : On ne parle plus de réussite, mais de mécanique de rente » [Tribune publiée par "Les Echos"]




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Autoroutes : quand un contrat public produit une rente, il doit, pour le moins, être recalibré 

 

La nouvelle hausse des tarifs des péages autoroutiers, concomitante à l’examen d’un projet de loi-cadre au Parlement, remet au cœur du débat un sujet ancien mais non résolu : la privatisation des autoroutes et l’équilibre économique de leurs concessions. 

 

Le principe d’une concession autoroutière est pourtant bien connu. L’État confie à un opérateur privé la construction, l’exploitation et l’entretien d’une infrastructure, en contrepartie d’un droit de péage. L’opérateur investit, assume un risque industriel et financier, et se rémunère sur la durée. En retour, la collectivité bénéficie d’un service, d’investissements et d’une efficacité de gestion supposée supérieure. 

 

L’équilibre se rompt lorsque la rémunération cesse d’être la contrepartie d’un risque pour devenir le rendement quasi automatique d’un monopole. C’est précisément la question que posent aujourd’hui les données publiques disponibles. 

 

Les travaux successifs de la commission d’enquête sénatoriale, de l’Inspection générale des finances et de la Cour des comptes convergent vers un constat économique simple : la rentabilité des concessions autoroutières est devenue structurellement élevée au regard de l’esprit d’un service public concédé.  

 

Si, d’ici 2036, les dividendes cumulés atteignent environ 76 milliards d’euros – soit près de cinq fois le produit de la cession de 2006 – on ne parle plus d’une réussite ponctuelle du modèle, mais d’une mécanique de rente. 

 

Cette mécanique se lit également dans la structure même du péage. Lorsque, certaines années, 20 à 24 % du chiffre d’affaires se transforment en bénéfice net avant dividendes, la question n’est plus idéologique. Elle est contractuelle : le cadre est-il encore calibré pour servir l’intérêt général, ou a-t-il dérivé au profit d’une extraction de valeur durable ? 

 

Cette rente n’est pas neutre économiquement. Pour les transporteurs, le péage est un coût direct. Plus de 10 000 euros par an pour un seul camion longue distance, c’est autant de marge en moins pour investir, recruter, former ou améliorer les conditions de travail. À l’échelle d’une flotte, le niveau de péage influence directement la capacité à rester compétitif, notamment face à des opérateurs étrangers soumis à des charges d’infrastructure différentes. 





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