La décision de la Cour d'appel de Paris est une immense déception. Les victimes ne peuvent pas admettre que la Cour reconnaisse l'existence d'une catastrophe sanitaire et écologique qui perdure aujourd'hui et continuera d'affecter et d'infecter les vivants pour plusieurs siècles et, dans le même temps, torde les principes du droit pour clôturer une enquête qui n'a jamais vraiment commencé.Les morts sont là, les preuves scientifiques sont connues de longue date, mais, jusqu’à présent, l’enquête n’a pas cherché à identifier les coupables.
Nous sommes en présence d'un massacre dont les auteurs restent invisibles et dont il ne faut pas prononcer le nom.
Comment parler de justice dans ces conditions ?
Rappelons que, depuis l'Antiquité grecque, la justice suppose l'ALETHEIA, c'est-à-dire le dévoilement de la vérité, le refus de l'oubli car alètheia signifie littéralement l'arrachement au lèthè, à l'oubli, à ce qui demeure caché.
Édouard Glissant l'écrivait dans Le Discours antillais : « L'esclave est d'abord celui qui ne sait pas. L'esclave de l'esclavage est celui qui ne veut pas savoir. » Voilà le piège que l'on nous tend : faire de nous les esclaves d'un oubli organisé.
Ou alors, il faudra bien reconnaître que cette justice est une justice aux ordres, une justice de classe, une justice coloniale.
La confirmation du non-lieu procède non seulement d'un enterrement judiciaire de première classe, mais aussi d'une volonté délibérée d'occulter des vérités qui dérangent ; qui dérangent les pouvoirs politiques ; qui dérangent les pouvoirs économiques qui dictent leur loi, outre-mer comme dans l'Hexagone.
Déjà, Aimé Césaire dénonçait cette lâcheté des consciences qui consiste à « se taire à soi-même la vérité ». La justice ‘au nom du peuple français’ semble nous dire « Cachez cette vérité que je ne saurais voir ».
Nous attendions une décision de courage et de dignité ; nous recevons, comme un coup de poing en pleine figure, une décision de Tartuffe et d'hypocrite.
Le combat continue, d'abord, parce que nous allons saisir la Cour de cassation pour qu'elle tranche les questions de droit que la Cour d'appel n'a pas eu la volonté d'examiner jusqu'au bout.
Le combat continue, parce que les profiteurs, les receleurs, les contrebandiers de la mort lente doivent indemniser les femmes et les hommes et réparer les dégâts considérables causés délibérément à l'environnement.
Dans les prochaines semaines, je proposerai une nouvelle action judiciaire destinée à aller chercher ceux qui dorment tranquillement dans leur villa de Saint-François, sans être dérangés par les fantômes de ceux qui ont absorbé ce poison.
Les victimes du chlordécone savent qu'elles peuvent compter sur notre détermination et sur celle des autres avocats impliqués dans ce dossier. Le combat sera long, il sera âpre, mais il sera juste.
Nous sommes en présence d'un massacre dont les auteurs restent invisibles et dont il ne faut pas prononcer le nom.
Comment parler de justice dans ces conditions ?
Rappelons que, depuis l'Antiquité grecque, la justice suppose l'ALETHEIA, c'est-à-dire le dévoilement de la vérité, le refus de l'oubli car alètheia signifie littéralement l'arrachement au lèthè, à l'oubli, à ce qui demeure caché.
Édouard Glissant l'écrivait dans Le Discours antillais : « L'esclave est d'abord celui qui ne sait pas. L'esclave de l'esclavage est celui qui ne veut pas savoir. » Voilà le piège que l'on nous tend : faire de nous les esclaves d'un oubli organisé.
Tant que les autorités judiciaires se ligueront pour cacher, déformer ou empêcher la vérité d'apparaître, il sera impossible de parler de justice.
Ou alors, il faudra bien reconnaître que cette justice est une justice aux ordres, une justice de classe, une justice coloniale.
La confirmation du non-lieu procède non seulement d'un enterrement judiciaire de première classe, mais aussi d'une volonté délibérée d'occulter des vérités qui dérangent ; qui dérangent les pouvoirs politiques ; qui dérangent les pouvoirs économiques qui dictent leur loi, outre-mer comme dans l'Hexagone.
Déjà, Aimé Césaire dénonçait cette lâcheté des consciences qui consiste à « se taire à soi-même la vérité ». La justice ‘au nom du peuple français’ semble nous dire « Cachez cette vérité que je ne saurais voir ».
Nous attendions une décision de courage et de dignité ; nous recevons, comme un coup de poing en pleine figure, une décision de Tartuffe et d'hypocrite.
Pour autant, le combat continue, car la paix civile ne pourra être obtenue que si toute la vérité est faite sur cette affaire. Prenons l’exemple sur l’Afrique du Sud post apartheid qui a créé une commission « Vérité, réparations & réconciliation » car il ne peut pas y avoir de justice sans vérité.
Le combat continue, d'abord, parce que nous allons saisir la Cour de cassation pour qu'elle tranche les questions de droit que la Cour d'appel n'a pas eu la volonté d'examiner jusqu'au bout.
Le combat continue, parce que les profiteurs, les receleurs, les contrebandiers de la mort lente doivent indemniser les femmes et les hommes et réparer les dégâts considérables causés délibérément à l'environnement.
Dans les prochaines semaines, je proposerai une nouvelle action judiciaire destinée à aller chercher ceux qui dorment tranquillement dans leur villa de Saint-François, sans être dérangés par les fantômes de ceux qui ont absorbé ce poison.
Les victimes du chlordécone savent qu'elles peuvent compter sur notre détermination et sur celle des autres avocats impliqués dans ce dossier. Le combat sera long, il sera âpre, mais il sera juste.
Christophe Lèguevaques (CLE)